Edition juillet 2005
Edito : Ça suffit !!
Du vin de table vendu à 1,83 e/hl (12F)
Du cabernet-sauvignon vendu à 2,44 e/hl (16F)
De la syrah à 2,29 e/hl (15F)
Nous ne sommes pas en Moldavie, en Espagne ou ailleurs mais dans l’Hérault lors d’une commission de cotation, c'est-à-dire dans une instance où l’on constate les contrats de vente !
Les responsables sont certains vignerons, qui acculés par le manque de trésorerie et l’obligation de libérer des cuves pour les prochaines vendanges, acceptent les conditions de prédateurs ou ce même négoce “prédateur” qui n’achète pas depuis des mois et croit spéculer sur le dos des vignerons pour continuer la spirale à la baisse.
Mais aussi, un ministre coupable qui refuse de reconnaître la gravité de la situation et joue le pourrissement… pour qui et pourquoi ? Nous n’accablerons pas les vignerons car les coopératives qui ont mieux résisté jusqu’à aujourd’hui vont se retrouver, sous peu, dans la même situation.
J’en appelle donc solennellement aux metteurs en marché pour ne pas céder à la tentation de la spéculation meurtrière. Certes nous sommes conscients des causes de l’effritement du marché mais de là à pratiquer une baisse usurière des prix, il y a une différence. Les responsables syndicaux du négoce et des metteurs en marché, ne peuvent pas demander la mise en place d’un prix minimum et laisser les voyous de leurs corporations casser le marché.
Quant à monsieur le ministre, spécialiste du bavardage, si depuis 3 mois il avait exigé des Bordelais la distillation de leurs surplus labellisés - à leur demande il a obtenu de Bruxelles une distillation aidée ! - nous n’en serions pas là. Mais, à force de nier l’évidence et d’écouter des collaborateurs instrumentalisés, la situation viticole est devenue ingérable et explosive.
Il attend des propositions ! De qui se moque-t-il ? Son bureau est couvert de lettres, de fax, de courriels, de compte-rendus de réunions techniques et politiques décrivant les axes de gestion de crise et d’organisation des prochaines campagnes.
Les “mesurettes” onéreuses, qui se mettent en place, ne servent à rien si ce n’est qu’à dédouaner le gouvernement de son inefficacité. Avec autant d’argent, mieux ciblé, il aurait inscrit son nom au registre des ministres actifs…
Aussi, j’ai bien compris que la réunion du 20 juillet ne serait qu’un nouveau bavardage sur l’avenir d’une viticulture… sans vignerons ?
Moi, j’ai tout dit, tout écrit et proposé, j’attends des réponses en compagnie des vignerons et je rappelle mes coordonnées : 01 40 20 93 80 ou 04 67 07 03 23
Jean Huillet
Une structuration hétérogène des coopés en Languedoc-Roussillon
Deuxième partie du contrat d’objectifs (cf n° de juin)
Plusieurs types de coopératives peuvent être définis selon leur positionnement commercial, leur localisation, leur taille et une analyse rapide de leur organisation d’entreprise sociale et technique.
Les niches (une vingtaine de coopés)
Ce sont des structures de taille modeste (< 20 000 hl) situées assez souvent en zone AOC et n’adhérant à aucun groupe de commercialisation.
Ce sont des coopés qui développent de façon autonome une stratégie “vente directe” bouteilles et/ou petit vrac dynamique.
L’importance très significative de ces ventes leur donne une forte indépendance vis-à-vis des marchés vrac et de ses fluctuations de prix et leur assurent une notoriété d’entreprise : c’est une marque de qualité.
Orientation et conseil coopératif
Les accompagner dans leur développement commercial déjà en place et dans la réalisation de leurs investissements dans le cadre de projet de consolidation Ce modèle est à promouvoir avec prudence et sa reproductibilité est délicate.
Les groupes coopératifs organisés
(environ 80 coopés, soit 4 Mhl)
Ce sont des unions de coops ou des Sica (environ 12 groupes commerciaux) qui se sont dotées d’une forte structuration commerciale intégrante. Ces groupes ont des organisations internes diversifiées avec des niveaux d’implication des caves adhérentes différents.
Orientation et conseil coopératif
Conduire simultanément le renforcement structurel sur l’aval (organisation commerciale, conditionnement, logistique…) et amont (maîtrise des coûts de production) de façon différenciée selon la nature du groupe et la volonté stratégique des hommes.
Les unions “vrac majoritaire” (une soixantaine de coopés soit 1,5 Mhl)
Ces unions constituées dans les années 80 pour l’obtention du label Groupement de producteurs, sont caractérisées par l’absence de choix stratégiques et ont des comportements d’entreprise hétérogènes : une partie des adhérents vivent leur vie et les autres sont des membres actifs. Il y a une activité commerciale limitée, un portefeuille de clients, en général des petites installations mais aucune marge de manœuvre pour le développement et une très grande fragilité sociétale.
Orientation et conseil coopératif
Il est urgent de conduire une véritable réflexion stratégique afin que ces groupes se déterminent une fois pour toutes sur les choix de développement en envisageant, éventuellement, d’aller vers une recomposition du paysage, pouvant inclure des coopés isolées voisines! Bien que fragiles ces “PME COOP” abritent des actifs commerciaux qu’il serait dommage de perdre et plusieurs décennies de vie commune qu’il est sans doute possible de valoriser.
L’idéal serait qu’elles passent rapidement vers une organisation du type précédent par intégration ou par une création. Grosses coopés indépendantes (environ 40)
Ces coopés (+ de 70000 hl par coopé) n’adhérent pas à un groupement commercial selon le type décrit plus haut, elles assument cette fonction en ayant développé des partenariats formels ou de la contractualisation par l’organisation de relations de fidélisation avec leurs acheteurs.
80 % de la production est vendue en vrac, services en plus ; c’est un choix stratégique. Ces caves sont pour leur grande majorité positionnées sur 30 à 50 % de vins basiques (VDT/VDP département),*
40 à 60 % de vins de cépages (3 couleurs) et une production d’AOC peu importante sauf cas particuliers.
Orientation et conseil coopératif
Elles doivent conforter leur choix et penser compétitivité par rapport aux segments de marché occupés ; le choix d’outils technologiques neufs doit être au centre de la réflexion stratégique globale à conduire avec rigueur. Les autres coopés
On peut distinguer 3 cas de figure
• Coopés indépendantes “moyennes”
Ce sont des caves de moins de 60 000hl (une soixantaine)
Elles sont en autonomie commerciale et vendent plus de 70 % de leur production en vrac au négoce classique. Le segment VDT/VDP générique domine, le segment des vins de cépages est moins important que dans le groupe précédent et le segment des AOC est inférieur à 15 % sauf cas particuliers. Ces coopés ont réalisé peu d’investissements technologiques voire ont accumulé un certain retard. Pour certaines il y a eu le choix d’une démarche vente directe en complément.
Orientation et conseil coopératif
Ce groupe est prioritaire pour une animation en vue d’une restructuration cohérente. Il faut les encourager à constituer des pôles de production avec des caves déjà structurées. Les aider à regrouper de l’offre de produits basiques vrac et à optimiser l’option vente directe.
• Coopés en coteaux et zones fragiles
On les trouve essentiellement dans les secteurs d’AOC (une cinquantaine de caves en LR).
Le rendement agronomique faible (moins de 60 hl/ha) est un facteur limitant et ces coopés sont isolées commercialement.
La part d’AOC est plus conséquente mais l’offre est souvent vrac et générique avec un peu de vins de cépages et un volume de vins basiques non négligeable. Pour certaines d’entre elles il y a eu un développement de la vente directe mais la dépendance est toujours forte vis-à-vis marchés vrac ! La faible capacité financière explique le manque de projet et les outils techniques peu évolués.
Orientation et conseil coopératif
Il faut promouvoir une structuration commerciale (rejoindre groupes structurés, regrouper l’offre sur le vrac et organiser la vente directe) restructurer les caves et optimiser les sites de vinification sur tous types de vins, élaborer une vraie politique territoriale pour ces caves en zones fragiles (aides spécifiques ).
• Coopés en rente de situation
Ce sont de petites coopératives, au nombre d’une vingtaine, sans réel projet dynamique exploitant localement une rente de situation : littoral et tourisme, péri-urbain, etc. Organisation et conseil coopératif
Il faut les accompagner au cas par cas pour optimiser et pérenniser cette rente de situation.
JVC : non à l’arrachage, oui à la jachère viticole
Dans le contexte de crise viticole mondiale le maintien d’une économie viti-vinicole forte en Languedoc-Roussillon est fortement menacé.
Notre organisation commerciale laxiste nous rend incapables d’absorber les excédents issus d’une production fluctuante en fonction des aléas climatiques et nous
subissons régulièrement d’importantes chutes des cours !
En 2004, 1 million d’hl de récolte en plus et en mai 2005,
1 million d’hl supplémentaire en stock assorti d’une perte de 120 millions d’euros de chiffre d’affaires pour les
producteurs.
Que faire ?
La priorité est la reconquête des marchés et la relance de la consommation domestique (vin au quotidien, prémix languedociens…).
En attendant cette redynamisation de nos marchés, nous devons disposer de moyens pour réajuster notre offre à la demande.
Les seules solutions proposées aujourd’hui sont la distillation, le stockage à LT… Ces mesures résorbent les excédents trop tard avec des pertes de chiffre d’affaires et des interventions publiques inadéquates.
Nos aînés se résignent et demandent petit à petit le retour de l’arrachage !
Le bilan de la dernière campagne d’arrachage est clair : 120 000 ha arrachés en LR et élimination de plus de 8 millions d’hl… pendant ce temps l’Espagne se donnait les moyens de produire 25 millions de plus et le Bordelais 3 millions !
Au-delà des manifestations, il serait temps d’avoir une vraie gestion de l’offre par bassin de production tant prônée par nos responsables.
Les jeunes vignerons coopérateurs proposent une mesure de régulation de la production : la mise en jachère d’une partie du vignoble Celle-ci permettrait d’intervenir avant la récolte afin d’équilibrer l’offre à la demande. La vigne “mise en veille” restera alors “réactive” aux évolutions des marchés d’une année sur l’autre.
La mise en jachère doit être décidée avant la fin juin sur la base d’une analyse de la situation des marchés au mois d’avril. Cette mesure est appliquée par bassin de production à travers une obligation faite aux producteurs de mettre en jachère un pourcentage des vignes dont la totalité de la production sera éliminée (vendange en vert).
La mesure présente plusieurs avantages
1. Le vignoble est conservé, la reconversion et l’innovation sont poursuivies, ce qui permet de rester réactif sur un marché qui évolue
2. Avec des vignes entretenues, le rôle d’occupation de l’espace est maintenu et les terres incultes seront limitées
3. La régulation de l’offre est faite en amont et permet une meilleure utilisation des soutiens européens et français autre que la distillation de crise et la prise en charge des alcools !
De fait, le coût global de cette mesure serait inférieur au coût de la gestion de crise par la distillation !
NB : 1 million d’hl supprimé par la mise en jachère coûte 15 millions d’euros de moins qu’une élimination de la même quantité par la distillation !
Tableaux de bord stratégiques et prospectifs en cave coopérative
Depuis les années 90, la Fédération des Vignerons coopérateurs a engagé plusieurs caves coopératives dans la démarche de projet d’entreprise dont la formalisation a permis aux différents acteurs de s’accorder sur les axes stratégiques à développer : activités commerciales (création de marques, embauche de commerciaux, investissements dans les caveaux), outil de production (adaptation vignoble/marchés, embauche de technicien amont, démarche de viticulture raisonnée…). Dans la continuité de cette logique de projet, nous mettons en place, en collaboration avec Yann Chabin, chercheur au laboratoire spécialisé dans la gestion des organisations de l’Université de Montpellier 2, un tableau de bord stratégique et prospectif (TBSP). Ce tableau de bord sera un outil de pilotage des activités des caves et de leur performance.
La mise en œuvre du TBSP est innovante à plusieurs titres :
• Il donne une vision globale de la performance de la cave en complétant les aspects
techniques et financiers de celle-ci par une évaluation plus qualitative et prospective.
• Les objectifs et indicateurs du TBSP permettent de traduire la stratégie en termes
opérationnels et faire de celle-ci l’affaire quotidienne de tous.
• Il accompagne le changement en fournissant des mesures sur des dimensions souvent occultées des organisations :
dynamiques d’apprentissage, qualité des relations commerciales, image perçue par l’environnement local, …
Plus qu’un outil de gestion, le TBSP est un véritable outil de communication à destination de tous les partenaires internes et externes à la cave.
Aspects environnementaux dans les démarches globales de projet d’entreprise
Trop souvent les aspects environnementaux au sens précis du terme ne sont pas intégrés dans la réflexion globale du projet d’entreprise, ou autres démarches technico-économiques et peuvent être à l’origine de points de blocage importants.
Il apparaît donc indispensable d’intégrer les aspects suivant à l’audit de la cave :
• Sa situation par rapport à la procédure générale d’autorisation ICPE (Installations classées pour la protection de l’environnement) sur les différentes activités (vinification et refroidissement).
• Sa gestion des eaux d’alimentation (ressource privée ou publique, débit exploitable, autorisation captage…)
• Sa gestion des effluents des différents sites (disponibilités, état des systèmes, tenue des cahiers de suivi, redevance Agence de l’eau…)
• Sa gestion des déchets (tonnage, destination, coût du traitement…)
De plus, il est important de ne pas oublier de faire un point sur les démarches de sécurité pour les salariés (document unique) et de sécurité alimentaire (HACCP, traçabilité).
La prise en compte de tous ses éléments, y compris les contraintes d’urbanisme, peut mettre en évidence la nécessité de créer un nouveau site mieux implanté et plus fonctionnel (donc moins couteux).
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