Edition Juin 2005

> Edito : Et pourtant… nous continuons à proposer

Une déclaration de récolte adaptée

Dès 2005, il faut pouvoir modifier les règles qui imposent aujourd’hui une inter-dépendance entre les différents segments de marché. Il faut une gestion des quantités produites compatibles avec la réalité commerciale.
Nous demandons la mise en œuvre d’une déclaration d’intention de produire des vins en lien avec la déclaration de stock. La déclaration de récolte faite a posteriori confirmera l’organisation de l’offre pour la prochaine campagne en réduisant l’effet “yo-yo” sur les prix.
Pour les caves coopératives les déclarations seront collectives.

Des rendements déconnectés

Il faut “ajuster” les rendements VDT par rapport à ceux fixés dans les décrets AOC et VDP. C’est à dire :
• Supprimer les paragraphes incriminés dans le décret du 01/09/2000 relatif aux VDP et “donner” du souffle aux rendements de base, sauf dispositions spécifiques dans les décrets des dénominations locales (ex : VDP Oc, Côtes de Thongue, etc).
• Modifier les articles R641–79 et R641–125 du code rural concernant les rendements AOC et VDQS par rapport aux autres vins.
• Supprimer la conditionnalité des aides européennes relatives au stockage et au conditionnement.
• Laisser l’entière liberté aux vins de table et autres produits issus de la vigne (jus, MCR,…) afin de répondre à la concurrence internationale.

Un engagement parcellaire

En contrepartie, les vignerons s’obligent à déposer leur engagement d’affectation par produit des parcelles avant la fin de la campagne en cours (31 juillet) dans le cadre d’un contrat triennal instauré en lien étroit avec les partenaires commerciaux avec possibilité d’ajustement après un bilan de la campagne.
Cet engagement parcellaire doit être “animé” par les organisations de producteurs en lien avec les syndicats par produit AOC et VDP et le Comité de bassin.

Une restructuration du vignoble réaliste

La contrepartie des réformes et la situation économique complexe que vivent certains vignerons, conduisent les Vignerons coopérateurs à proposer l’introduction d’un arrachage définitif ciblé (1) pour des cépages n’ayant fait l’objet d’aucune aide européenne ou française à la reconversion du vignoble.
Cette “reconversion négative” du vignoble doit être initiée en renforçant la reconversion positive avec construction d’un plan de restructuration du vignoble agréé.
Les organisations de producteurs reconnues s’engagent à piloter ces projets de restructuration du vignoble en cohérence avec leurs metteurs en marché.

Jean Huillet

(1) Cette demande ponctuelle et transitoire se comprend si dans le même temps, il y a une demande d’arrachage temporaire dans le cadre de la réforme de l’OCM 2006/2007.



>Contrat d’objectifs : révolutionner le fonctionnement de la filière viticole

Les Vignerons coopérateurs du Languedoc-Roussillon sont conscients que la situation de l’économie viticole nationale et régionale entraînera de profondes mutations sociales et d’organisation des producteurs pour s’adapter aux contraintes du marché. Ils reconnaissent qu’ils ne peuvent influer, sauf à être rassemblés, leur environnement économique et politique. A ce titre, ils accordent du crédit à la construction de l’Instance de concertation des vins du Languedoc-Roussillon qui doit se mettre en route rapidement, ainsi qu’à la Fédération des interprofessions.

En parallèle et en urgence, ils demandent aux pouvoirs publics :
• de réformer la réglementation viti-vinicole dès 2005 (voir à la une)
• de faciliter l’organisation de la filière par une segmentation de l’offre compatible avec la réalité du marché
• de soutenir la restructuration du tissu coopératif, qui a été à l’origine du maintien d’une viticulture forte en LR et qui peut assurer le renouveau d’une filière bousculée par la logique du profit à court terme (voir dans le prochain numéro).

Ces actions doivent s’inscrire dans une démarche donnant/donnant entre les différents acteurs de la filière…

 


> L’organisation de la filière vins… en France

La baisse de la consommation domestique des vins se poursuit. Nos exportations sont concurrencées sur les plus importants marchés solvables de l’UE ( la GB et l’Allemagne).
Confirmation que de nouveaux pays producteurs sont nos concurrents.
Inadéquation d’une offre française trop complexe et peu réactive.
… en Languedoc-Roussillon
Les caves coopératives représentent 70 % de la production.
Les marchés du vrac et le prix au degré/hl sont déterminants et influents sur le comportement des acteurs (producteurs et négoce).
La vente en conditionné et directe reste marginale (cf. la structure du CA des exploitations et des coopés).



> La segmentation de l’offre des vins Languedoc-Roussillon : la réalité

Il n’est pas question d’associer la hiérarchie que représente la segmentation administrative (VDT, 60 dénominations VDP et 32 AOC) avec la réalité de la démarche commerciale.
C’est pourquoi nous considérons 5 segments principaux :

1- Les vins basiques (6M hl)

Un marché matière première inélastique avec 3 bassins fournisseurs qui se concurrencent : L-R, Espagne centrale et Italie du Sud (éventuellement Argentine sur les blancs). Les fortes variations de production créent de fortes variations des prix du vrac.
Effondrement de la consommation de vins issus de ce segment dans tous les pays latins.
Il regroupe essentiellement des VDT et des VDP génériques dits de département, rouge et rosé .
Les VDT (principalement des vins de 10 à 12°) représentent 32% du chiffre d’affaires des VDT/VDP (LR), soit 200 Me sur 629 Me (2003/2004)
Les VDP département - 12° (Aude et Hérault essentiellement) représentent 15 % de tous VDP/VDT, soit plus de 90Me.
C’est à dire pour ces 2 segments plus de 45% du CA des VDT/VDP (300/629Me).

Nos clients sur ce segment
Moins de 10 acheteurs font 80% à 90% des achats vrac, ceux qui disposent d’un outil d’embouteillage performant : Castel, Amiel (Intermarché), Friedrich (Leclerc), UCCOAR, S.A. Trilles (groupe Val d’Orbieu, Boubée (Promodès-Carrefour), Chais Beaucairois (groupe Marie Brizard).
Les vins sont destinés à la grande distribution. Les achats sont différenciés et les prix aussi selon le type de conditionnement et/ou la marque.
VDP de département : pas de marque mais notoriété liée à l’identité territoriale peu substituable… peut-être  la  seule marque collective des producteurs. Régularité de l’approvisionnement et constance qualitative recherchée par consommateur (on s’en fout du millésime !)
VDT de France, des marques environ 800 000 hl en GD (conditionné 75 cl par Castel principalement).

Analyse critique
Pas de valeur ajoutée possible sur le produit hors le marketing (packaging-marque) que finance le négoce. Il faudrait s’en occuper peut-être ?
L’ensemble des 310 caves coopératives et particulières sont les acteurs de ce segment ; la production et l’offre est atomisée, les outils techniques sont relativement obsolètes et inorganisés dans leur majorité. Il n’y a pas de logique industrielle, à quelques exceptions.
Aussi cette offre inorganisée sans mécanisme régulateur (distillation et stockage) entraîne des phénomènes spéculatifs systématiques sur les prix dans un rapport de force épuisant avec le négoce… qui, lui, s’est concentré.

Objectif et préconisations
On ne peut abandonner car le CA est trop important (produit “vache à lait”) pour les producteurs.
Le prix à la conso est stable, donc il faut produire et conditionner le moins cher possible car il y a peu de valeur ajoutée :
- Réduire et/ou maîtriser des coûts de production
- Regrouper et optimiser les sites de vinification
- Permettre la productivité (rendement et système de contingent de commercialisation)
- Concentrer l’offre autour de quelques unités “industrielles”.

2 - Les vins de cépages ou VDP OC (3,5M hl)

7 cépages comptent : Merlot, Cabernet, Syrah, Chardonnay, Sauvignon, Cinsault et Grenache pour les rosés.
Ce segment est le plus mondialisé du marché… donc le plus concurrentiel même si la consommation est en progression constante au niveau mondial (mode de vie anglo-saxon) et même en France (9% en volume en GD.
Très forte concentration, intégration et capitalisation des opérateurs, la plupart anglo-saxons, forte politique de marques (ex. JP Chenet).
Ce segment pèse 37 % du CA tous VDT/VDP LR( 230/ 629 Me).

Nos clients sur ce segment
Un acheteur déterminant : Les Grands Chais de France (800 000 hl) et Skalli, Sieurs d’Arques (Blancs),Val d’Orbieu, ainsi que des négociants ayant une compétence historique à l’export (Bordelais pour les rouges et Bourguignons pour les blancs) et aussi négociants “écrémeurs/opportunistes” nouvellement installés et enfin les mêmes négociants que VDT/VDP département.
Les vins commercialisés ont un profil vin standard : souple, rond, fruité, constant, régulier, technologique.
La clientèle est à l’exportation à 80 % (GB, Allemagne, Nord Europe). Cependant, le marché français est en croissance avec 700 000 hl dans le circuit GD + Hard Discount.

Analyse critique
80 % des caves coop et particulières en produisent et les vendent en vrac. Les outils technologiques sont disparates, l’offre atomisée, etc. Mêmes remarques que pour le segment ci-dessus.

Objectif et préconisations
Il faut constituer des unités de production industrielles : cuveries inox autovidantes, froid, pressurage pneumatique, maîtrise des process vinif pour produit standard et thermovinification flash détente pour segment d’entrée de gamme.
Les coûts de production seront déterminants pour des produits standard de bonne qualité : compétence embouteillage nécessaire et volume pour fournir les marques distributeurs (plus de 40 % des ventes GD en cépages)
Peu d’avenir pour ces vins sur le segment des hauts de gamme, sauf à la marge sur opérations ciblées type Toques et Clochers ou au travers de la vente au caveau.

3 - AOC-VRAC (2,1 M hl dont Côtes du Rhône gardoises)

Le marché intérieur est en perte de vitesse sur les génériques et l’exportation est confrontée à la poussée des vins de cépages.
L’offre de vins AOC est de plus en plus incompréhensible pour les consommateurs, 470 appellations différentes en France et plus de 550 références en hyper en région avec seulement 35% d’AOC LR !
Hors Côtes du Rhône et VDN (spécifiques à 2 départements et 2 organisations distinctes, à compléter de toutes façons), les 6 AOC régionales qui comptent sont : Corbières, Coteaux du Languedoc, Faugères, Fitou, Minervois, Saint-Chinian.
Le CA a été pour 2003/2004 de 73 Me (dont 32 Me Corbières) et en 2000/2001 de 102 Me (dont 48 me Corbières). On constate une chute régulière du CA vrac. Celui-ci n’est pas compensé par l’évolution des ventes dites directes et ce malgré l’effort promotionnel de l’interprofession et des syndicats… Il faudra, sans délai, repenser la communication collective dans le cadre de la FIVLR.
Le CA VRAC de ces 6 AOC ne représente que 10% de celui de l’ensemble VDT/VDP en 2003/2004.
Objectivement au plan régional il faut mieux analyser ce segment au regard de la crise.

Nos clients sur ce segment
La distribution des AOC générique est assurée par les grands opérateurs Français des vins de table et par des sociétés principalement basées en Bourgogne, Val de Loire et Bordelais, trop atomisées. Ce sont des entreprises, souvent familiales avec de gros problèmes de succession.

Objectif et préconisations
Le poids social et économique de ces appellations, en particulier Corbières (45 % des AOC régionales vrac) dans les zones rurales et géographiques concernées oblige à une révolution dans la logique économique des acteurs qui doit intégrer la notion de développement territorial en lien avec les stratégies des collectivités territoriales et intercommunales… Il faudrait “démocratiser” l’accès à ces vins par le prix (voir rentabilité à l’ha aussi) et par le discours, pour l’instant un peu trop élitiste.

4 - Vins de Pays de Zone ou de Territoire (0,570 M hl)

Ce segment est plus marginal même si on peut retenir qu’en complément des ventes vrac, de l’ordre de 300 à 400 000hl, il faut ajouter 30% pour tenir compte des ventes en conditionné départ propriété (bouteilles et BIB). En vrac, 5 à 6 VDP sont représentatifs en LR tel que Côtes de Thongue, Côtes de Thau, Côtes Catalane, Coteaux de Peyriac… Ils représentent environ 20 à 30 Me, soit 5 % du CA tous VDT/VDP.
Ce segment n’est pas une priorité d’organisation économique collective pour le LR… Mais un rapprochement avec l’identité territoriale et les AOC ne serait-il pas judicieux ?
Le lien avec la “rencontre sur le terroir” est dans la logique commerciale de ce segment tout en étant un vin de liberté par rapport au système AOC.

5 - Les vins départ propriété

Nous faisons l’estimation d’un volume de 650 000 hl de VDP au prix moyen de 2e par col. Ces vins sont distribués auprès d’un négoce demandeur d’exclusivités, à l’export ou auprès de clientèles de proximité. Le CHR (café-hôtel-restaurant) sollicite peu ces vins, se limitant souvent aux vins de cépage.
Pour l’ensemble AOC , muscats et Côtes du Rhône gardoises compris, notre estimation porte sur un volume de 930 à 950 000 hl, vendu entre 2,5 et 3e le col. Les réseaux sont les mêmes que pour les vins de pays avec une présence plus forte dans le CHR et chez les cavistes.

 


> Conjoncture : les stocks au 30/04/05

Au regard de la récolte des coopés (4,7 M hl), il resterait environ 1,2 M hl libre à la vente (25%) et 1,7 M hl vendus mais non retirés (35%). Par rapport à l’an dernier à la même période, on enregistre un écart d’environ 1 M d’hl en plus en stock (ce qui correspond exactement à l’augmentation de la récolte 2004 par rapport à 2003). Cet écart de stock entre les 2 campagnes se situe essentiellement sur des volumes libres à la vente.
A partir de ces résultats nous pouvons estimer qu’environ 60% de la récolte a été vendue (contre 80% l’an dernier).

 

 

Vignerons Coopérateurs de l'Hérault
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