Edition juin 2006
EDITO: Epreuve du baccalauréat
Monsieur le Ministre,
De l’attentisme à la provocation, tel semble être le fil conducteur de la politique viticole du Gouvernement.
Vos services n’écoutent plus. Vous communiquez sur le détail conjoncturel et vous ne répondez pas sur l’essentiel (organisation de la campagne, rendement, déclaration de récolte, partenariat et médiation avec les metteurs en marché etc.…) prétextant à l’envie, le manque d’unanimité des propositions de nos organisations viticoles.
Comble de l’ironie et de cette volonté sournoise d’abandonner la filière vin à son sort, les futurs bacheliers de l’enseignement agricole ont été interrogés sur le vin, non pas pour en vanter les vertus, mais pour résoudre des questions scientifiques mettant en cause le vin. Il s’agissait une fois encore, de dénigrer cette production qui fait vivre des milliers de femmes et d’hommes, sans compter notre participation à l’aménagement du territoire.
Votre réaction tardive (Cf. Midi Libre du Samedi 17 juin) et très embarrassée, montre le peu d’implication de vos services et l’information défaillante au sein des différents ministères du Gouvernement. Nous sommes en droit de croire que le Gouvernement abrite des groupuscules “anti-vin” qui utilisent l’argent du contribuable pour mener un combat d’une autre époque : la prohibition. Jusqu’où iront-ils ?.
Par votre réponse, vous semblez être déstabilisé par cette nouvelle attaque “anti-vin”.
Aussi, je me permets de vous conseiller de laisser le libre choix aux vigneronnes et vignerons pour conduire l’économie de leurs entreprises particulières ou coopératives en les soutenant par une juste déréglementation que nous demandons depuis de nombreux mois. Il y aurait là un acte fort et cohérent entre le dire libéral et le faire de votre Gouvernement.
En espérant une réponse de votre part, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments distingués.
Le Président,
Jean HUILLET
Courrier, adressé le 22 juin 2006, à Dominique Bussereau, Ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche et de la Ruralité.
Réforme de l’OCM : pour une politique viticole ambitieuse et non un plan social !
Les professionnels (CCVF, CFVDP, CNAOC, FNSEA, JA) dénoncent le projet de réforme de l’OCM Viti-vinicole (présentée par Mariann Fischer Boal Jeudi 22 Juin) et font des propositions pour la filière française. Ils demandent une politique offensive de développement et de reconquête des marchés et non la politique défensive mise en avant dans le projet de réforme qui prévoit l’arrachage de 400 000 hectares avec un budget de 2,4 milliards d’euros pour détruire !
La priorité pour la filière est de redéployer une partie des moyens utilisés jusqu’à présent pour la destruction vers la valorisation de l’offre. La commission ne fait aucune proposition, elle abandonne une politique de filière vin et renvoie à une politique horizontale dite Développement rural dans laquelle s’inscrit le soutien au revenu façon PAC (dotation à l’hectare pour continuer à exploiter ou entretenir les parcelles arrachées !) Par contre la filière ne peut accepter la libéralisation totale de la gestion du potentiel de production : suppression de l’interdiction de plantation en 2013 ainsi que de tous les mécanismes de régulation de la production. Elle demande une régulation de la production par une responsabilisation des Etats membres, des filières régionales et des structures professionnelles qui doivent présenter des plans d’équilibre entre l’offre et la demande. La Commission propose une enveloppe nationale pour amadouer les États réticents et gérer le risque de surproduction... il s’agit d’une renationalisation de la politique viticole jusqu’en 2013 !
La commission veut libéraliser le secteur des vins sous couvert d’authenticité, de traçabilité etc…, en autorisant la vinification des moûts importés, le coupage avec des vins des pays tiers et la libéralisation de l’étiquetage (millésime et cépage sur les vins de table !)
La filière française souhaite renforcer la compétitivité des vins pour mieux les adapter aux attentes du marché au travers d’une politique de modernisation et de respect de l’utilisation de mentions valorisantes et des indications géographiques.
Aides : ce qui change
Dépollution
Le 9e programme Agence de l’Eau prévu pour janvier 2007, va changer les choses.
Il met l’accent sur une plus grande sélectivité des aides mais aussi sur une adaptabilité aux différentes situations, donc une plus grande souplesse dans les formules d’aide avec un zonage bien précis définissant des priorités d’actions. Les critères seront environnementaux.
Ils seront renforcés et les sous-bassins prioritaires seront ceux dont la qualité des eaux est la moins bonne ou la plus menacée. Si vous avez la “chance” de faire partie des maîtres d’ouvrage retenus, gardez à l’esprit que vous serez soumis à une obligation de résultat pour toucher le solde des aides.
Investissements
Jusqu’à présent les taux d’aide aux investissements étaient dans la plupart des cas de 16 % (6 % Etat + 10 % CEE) ou 24 % (9 % Etat + 15 % CEE).
Le contrat de plan Etat-Région et le programme européen de la période 2000-2006 s’achèvent. Une nouvelle période (2007-2013) s’ouvre avec de nouveaux dispositifs qui ne sont pas encore connus.
Le FEOGA stoppe tout paiement, au titre de la période 2000-2006, le 15 octobre 2006 (c’est-à-dire dossiers de paiement en DDAF fin juillet).
Un règlement transitoire va être appliqué aux projets à cheval sur 2006 et 2007, le principe serait celui d’1 euro d’aide CEE pour 1 euro d’aide Etat.
Dans l’attente de ce règlement transitoire, plusieurs questions se posent :
• Instruction des dossiers de paiement déposés après le 31 juillet 2006 en DDAF : généralement ces projets ont déjà perçu un 1er acompte sur la base d’un taux classique (16 % ou 24 %) mais aucune certitude sur le solde après le 31 juillet : à quel taux et dans quels délais sera-t-il payé ?
• Instruction des nouveaux dossiers POA avec travaux en 2006 et 2007 : on ne pourra déposer une 1ère demande de paiement ou un solde qu’en fin 2006 voire en 2007.
Là aussi incertitude sur les taux de subvention.
Ceci place les coopératives dans une situation inconfortable où elles investissent sans connaître le montant des aides.
Fusions
La même incertitude s’applique aux projets de fusion puisque les travaux doivent être réalisés avant le 31/12/2006 pour pouvoir être aidés (aide à l’actif net). Ensuite une période de transition s’ouvrira en attendant les nouvelles règles de financement 2007-2013.
En tous cas l’aide à l’actif net sera supprimée à partir du 31/12/2006, étant jugée anti-concurrentielle.
Les aides aux fusions seront renforcées à partir de 2007, selon des mécanismes non précisés.
Nouvelles du Nouveau Monde
Une nouvelle génération de directeurs de caves coopératives est en train de se constituer. Ils arrivent avec un bagage et une expérience professionnelle différents de leurs aînés. Certains d’entre eux ont travaillé à l’étranger et pour paraphraser un poème célèbre sont revenus plein d’usage et raison. Nous en avons rencontré deux pour avoir un regard “de l’intérieur” sur la filière vin dans les pays du Nouveau Monde.
Pierre Yves Rouillé, directeur des caves Henri de Richemer (Agde - Marseillan) a travaillé dans un domaine exploitant 200 ha de vignes à 300 km au sud de Santiago du Chili.
“C’est une région qui a une image de production de gros volumes. Les étés sont très chauds. L’irrigation est généralisée. A côté des cépages internationaux, ils cultivent le Carménère d’origine bordelaise, semblable au Merlot mais avec une maturation plus tardive. C’est un peu le fer de lance de la région.”
Pour Pierre Yves Rouillé, le Chili dispose de plusieurs atouts :
- des caves neuves, bénéficiant de toute la technologie
- une liberté totale dans les pratiques œnologiques permettant une forte réactivité à la demande des clients
- des coups de main d’œuvre qui favorisent un travail très complet à la vigne mais avec le revers de la médaille : un personnel peu motivé et une organisation du travail pas très efficace
- enfin un climat sec qui donne une très bonne qualité sanitaire de la vendange avec là aussi une contrepartie : un manque de préparation en cas de mauvaises conditions climatiques.
Sébastien Martin, directeur de la cave de Florensac, a travaillé en Australie dans une entreprise possédant ses propres vignes et achetant aussi du raisin dans deux autres régions du pays. Comme au Chili, quelques grands groupes contrôlent 90% du marché avec des marques fortes à l’international. La viticulture est portée par une stratégie nationale sur 25 ans.
Les wineries sont conçues depuis les vignes jusqu’à la commercialisation en fonction d’un marché. Technologie, hygiène, respect des normes ISO et Haccp, tout est intégré dans le projet avec en perspective une répartition des coûts en trois tiers : un pour la culture, un pour la vinification et un pour le marketing.
Sébastien Martin pointe deux faiblesses dans cette économie :
les coûts de production sont relativement élevés, les salaires sont égaux ou supérieurs à ceux pratiqués chez nous, le pays est très vaste ce qui pose des problèmes complexes de logistique. Cette difficulté sera peut-être contournée par la concentration des entreprises qui bat son plein.
Pour conclure ce bref aperçu, on peut noter un point commun aux deux pays : la viticulture n’y est pas une tradition, c’est un business comme un autre. Le propriétaire du domaine où travaillait Pierre Yves Rouillé gagnait (très bien) sa vie avec l’exportation de fruits rouges vers les USA, celui de Sébastien Martin avait fait fortune dans le café. Dans les deux cas, il s’agit d’un investissement dans un contexte où le marché du vin était porteur. Un retournement durable de tendance pourrait voir disparaître rapidement les capitaux venus sur ce secteur économique au profit de créneaux plus rentables.
Sud de France - Indication géographique commune
“Il faut passer du confort du producteur au confort du consommateur” telles sont les paroles du président de l’INAO Vins, René Renou, lors de son dernier entretien avec le Paysan du Midi.
Cette simple phrase fixe la stratégie que nous devrions adopter sans délai pour la filière des vins du Languedoc Roussillon.
Avec la marque ombrelle “Sud de France /South of France /Languedoc Roussillon” nous entrons de plein pied dans la recherche de cohésion et de simplification voulue par les consommateurs, par les vignerons (sans nul doute face à la réglementation complexe imposée) et par les metteurs en marché du négoce ou de la production.
C’est une vérité qui oblige à évoluer que ce soit à la vigne (gestion des rendements et compétitivité) ou dans la distribution (réorganisation et simplification du linéaire, réécriture de la promesse faite au consommateur, rapport qualité / prix,…)
Aujourd’hui, notre offre s’exprime au travers de 30 appellations et 60 vins de pays reconnus par décret et un discours ambiant homogène sur les “grands vins” qui n’attirent pas le client ! En effet, économiquement, cette offre se structure autour des vins de tables et de pays (11 millions d’hl commercialisés dont 90 % en vrac : 3,9 en vin de pays OC-Cépage, 3,5 en VDT et 2,3 en VDP générique,...) et ensuite des AOC (2,8 millions d’hl dont plus de 0,8 million pour les AOC liées à InteRhône qui font bande à part, 0,65 pour les Corbières, 0,3 en Coteaux du Languedoc,…) sans compter les usages dits industriels, les pertes et le hors vin soit des “utilisations” de l’ordre de 16 millions d’hl (sortie des chais tous vins sur 12 derniers mois selon statistiques Douanes).
Nous avons donc obligation de “mettre de l’ordre pour susciter la vie” selon l’expression d’un grand chef d’entreprise !
Notre offre n’est pas comprise et la promesse à faire au consommateur (volage) doit être plus simple et plus juste (prix/qualité).
Tous les acteurs de la filière veulent croire à Sud de France, puisque vous êtes nombreux à mentionner cette expression sur vos étiquettes et vos emballages, mais il faut que l’organisation de notre offre de vins Sud de France • Languedoc Roussillon soit cohérente en qualité et en prix en gommant les considérant et les certitudes du passé parce que nous sommes entrés dans un monde d’incertitudes à piloter ensemble avec la même bannière.
Coup de cœur des femmes journalistes : déjà 10 ans
Pour la Fédération se fut 10 ans de rencontres avec des journalistes féminines d’horizons différents : journalistes de magazines viti, connaisseuses de vin ; journalistes de magazines féminins venant de Paris, néophytes désirant tout connaître de notre région et de nos vins ; journalistes étrangères, et bien sûr journalistes de notre région. Pour toutes ces rencontres, il nous reste des anecdotes et des moments de satisfaction lorsque les journalistes découvrent et apprécient nos vins. Pour les caves nominées c’est un petit coup de pouce et une mise en avant pendant 1 an par de la publicité et des animations. Les cuvées sélectionnées depuis 10 ans sont d’ailleurs souvent des cuvées qui existent toujours et sont régulièrement médaillées. Pour les journalistes c’est un moyen de connaître le monde de la coopération, ses vins et les hommes qui sont derrières.
Cette année, les “Coup de Cœur” sélectionnés par le jury* sont :
• en blanc : un vin de pays des Côtes de Thongue cuvée Fleurs de Mont-Blanc des Vignerons de Montblanc et de Nézignan l’Evêque
• en rosé : un vin de pays d’Oc cuvée Sabel Rosé de la cave coopérative Clochers et Terroirs Puilacher
• en rouge : un vin de pays du Mont Baudile : Ethnik Cave de Montpeyroux
D’ores et déjà, ces vins bénéficient d’une couverture médiatique par les journalistes présentes ainsi que d’une campagne publicitaire.
*Jury de la presse féminine 2006 BK Wine, Coca’zine, Fémivin, France 3 Sud Toulouse, La Gazette de Montpellier, La Vigne, Midi Libre, M6, Radio Pays d’Hérault, RTS FM, TF1 LCI, Terre de Vins, Vent Sud.
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