La danse des treilles
Las treilhas

Les danses de métiers les plus populaires sont les cordelles, les treilles et la matelote. Elles ne sont pas de simples danses corporatives comme on l'a cru longtemps, mais furent des danses rituelles qui donnèrent un pouvoir magique à certains attributs tels l'arceau, le fil, le filet, etc.

L'homme archaïque, en présence des phénomènes célestes (soleil, lune, vent, nuages,), qu'il ne pouvait expliquer, crut que le ciel était le siège d'un pouvoir surnaturel. Il assimila le ciel, chargé de forces créatrices, à son arc qui contenait une force latente prête à entrer en action. Il créa avec cette arme primitive, prise comme image de la voûte du ciel, des rituels visant à agir sur le cosmos par magie pour accroître la fertilité et la fécondité.

Cette expression rituelle devait être renforcée par le phénomène de l'arc-en-ciel lié à la pluie. Il apparut au primitif comme un pont reliant la terre au ciel et ses couleurs furent interprétées comme les différents niveaux cosmiques pour entrer en contact avec la divinité. Il les figura par des rubans multicolores. Cette mystique céleste se retrouve dans de nombreux pays comme l'Espagne.

Le primitif matérialisa ensuite sur l'arceau l'objet de sa préoccupation majeure : la récolte. La danse des treilles du Languedoc offre l'exemple de la spécialisation du rite dans une région vinicole car les arceaux sont garnis de pampres et de raisins. Les danseurs figurent sur le sol les différentes évolutions du serpent : s'avançant en lignes parallèles, ils font une serpentation, dessinent un double cercle en forme de huit.

Les danseurs font le pas national du pays d'Oc qui semble imiter les mouvements des anciens fouleurs de raisin. Il s'agit en réalité du pas à cloche-pied qui, dans le monde entier, sert à souligner la faiblesse des forces de la nature au début du cycle de renouvellement. A un moment donné, ils avancent en tenant leurs arceaux renversés, ce qui est un appel à la pluie.

En résumé, les danses d'arceaux, comme les treilles, apportent le témoignage que, dès les premiers âges de l'humanité, la contemplation du firmament éveilla chez l'être humain des sensations mystiques. L'appropriation de ces rites s'effectua beaucoup plus tard par les corporations de métiers qui les adaptèrent à leur spécialisation en y ajoutant des objets symboliques tels que les grappes de raisin sur les arceaux ou la figure du pressoir.

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